ah yaya
26/01/2009 02:51 par marici
Un homme est allé chez un coiffeur pour couper ses cheveux et sa barbe.
L'homme et le coiffeur ont commencé à parler.
Ils ont parlé de tant de choses et de divers sujets.
Quand ils ont par la suite touché au sujet de Dieu, le coiffeur dit :
-Je ne crois pas que Dieu existe.
-Pourquoi vous dites ça? a demandé le client.
-Bon, vous devez juste sortir dans la rue pour vous rendre compte que Dieu n'existe pas.
Est-ce que, si Dieu existait, y- aurait 'il tant de personnes malades?
Y aurait-il des enfants abandonnés ? Si Dieu existait, on ne souffrirait pas de douleur.
Je ne peux pas m'imaginer aimer un Dieu qui permettrait tous ça.
Le client a pensé pendant un moment, mais n'a pas répondu parce qu'il n'a pas d'argument.
Le coiffeur a fini son travail et le client sort du magasin.
Juste après, il voit un homme dans la rue avec des cheveux longs, visqueux,sales.
Il semble très sale.
Le client revient et entre dans le magasin du coiffeur encore et il dit au coiffeur :
-Tu sais quoi ? Les coiffeurs n'existent pas.
-Comment pouvez vous dire ça ? a demandé le coiffeur étonné. Je suis là et je suis un coiffeur et je viens de vous couper les cheveux.
-Non ! hurle le client. Les coiffeurs n'existent pas ; parce que s'ils existaient, il n'y aurait personne avec de longs cheveux sales comme cet homme qui est dehors.
-Ah, mais les coiffeurs existent ! Ce qui se produit, c'est que ces gens ne viennent pas à moi.
-Exactement ! affirme le client. C'est bien ça ! Dieu, aussi, existe ! Ce qui se produit, c'est que les gens ne vont pas chez lui et ne le recherchent pas. C'est pourquoi il y a tellement de douleur et de souffrance dans ce monde.
Si vous pensez que Dieu existe, envoyez ceci à d'autre personnes.
Si vous pensez que Dieu n'existe pas, supprimez le !
A je ne me flatte pas car je sais que je sus la reine des vilaines
ALLOCUTION DE NICOLAS SARKOZY
PRONONCÉ À L ' UNIVERSITÉ DE DAKAR LE
26 JUILLET 2007
Mesdames et Messieurs,
Permettezmoi
de remercier d'abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur
accueil si chaleureux. Permettezmoi
de remercier l'université de Dakar qui me permet
pour la première fois de m'adresser à l'élite de la jeunesse africaine en tant que
Président de la République française.
Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l'on doit à des amis que
l'on aime et que l'on respecte. J'aime l'Afrique, je respecte et j'aime les Africains.
Entre le Sénégal et la France, l'histoire a tissé les liens d'une amitié que nul ne peut
défaire. Cette amitié est forte et sincère. C'est pour cela que j'ai souhaité adresser, de
Dakar, le salut fraternel de la France à l'Afrique toute entière.
Je veux, ce soir, m'adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres,
qui n'ont pas la même langue, qui n'ont pas la même religion, qui n'ont pas les mêmes
coutumes, qui n'ont pas la même culture, qui n'ont pas la même histoire et qui pourtant
se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de
l'Afrique.
Oui, je veux m'adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier,
aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant
haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous
reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l'humiliation, frères
dans la révolte, frères dans l'espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez
d'une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la
terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l'exil luimême
ne
peut effacer.
Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de
l'Afrique. Car l'Afrique n'a pas besoin de mes pleurs.
Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour m'apitoyer sur votre sort parce que votre
sort est d'abord entre vos mains. Que feriezvous,
fière jeunesse africaine de ma pitié ?
Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s'efface pas.
Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des
crimes.
Il y a eu la traite négrière, il y a eu l'esclavage, les hommes, les femmes, les enfants
achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime
contre les Africains, ce fut un crime contre l'homme, ce fut un crime contre l'humanité
toute entière.
Et l'homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions
enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l'un d'entre eux qu'on jette à la
mer ». Cet homme noir qui ne peut s'empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria
pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire
ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.
Cette souffrance de l'homme noir, je ne parle pas de l'homme au sens du sexe, je parle
de l'homme au sens de l'être humain et bien sûr de la femme et de l'homme dans son
acceptation générale. Cette souffrance de l'homme noir, c'est la souffrance de tous les
hommes. Cette blessure ouverte dans l'âme de l'homme noir est une blessure ouverte
dans l'âme de tous les hommes.
Mais nul ne peut demander aux générations d'aujourd'hui d'expier ce crime perpétré
par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de
leurs pères.
Jeunes d'Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire
que je ressens la traite et l'esclavage comme des crimes envers l'humanité. Je suis venu
vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.
Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, audelà
de cette
déchirure et au delà
de cette souffrance.
Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non d'oublier cette déchirure et cette
souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.
Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais
d'en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l'avenir.
Je suis venu, jeunes d'Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.
L'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s'est entretué en
Afrique au moins autant qu'en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont
venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les
dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce
qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient croire, ce qu'ils devaient faire. Ils ont coupé vos
pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté
l'Afrique.
Ils ont eu tort.
Ils n'ont pas vu la profondeur et la richesse de l'âme africaine. Ils ont cru qu'ils étaient
supérieurs, qu'ils étaient plus avancés, qu'ils étaient le progrès, qu'ils étaient la
civilisation.
Ils ont eu tort.
Ils ont voulu convertir l'homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont
cru qu'ils avaient tous les droits, ils ont cru qu'ils étaient tout puissants, plus puissants
que les dieux de l'Afrique, plus puissants que l'âme africaine, plus puissants que les
liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le
ciel et la terre d'Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.
Ils ont eu tort.
Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé
une sagesse ancestrale.
Ils ont eu tort.
Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus
difficile l'ouverture aux autres, l'échange, le partage parce que pour s'ouvrir, pour
échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses
convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en
lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l'autre, par la
crainte de l'avenir.
Le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des
richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de
sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.
Il a pris mais je veux dire avec respect qu'il a aussi donné. Il a construit des ponts, des
routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges,
il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n'étaient
pas des voleurs, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs.
Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne
volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui
croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient
donner la liberté, ils créaient l'aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de
l'obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus
lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c'étaient les esprits, c'étaient les
âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l'amour sans voir qu'ils semaient la
révolte et la haine.
La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle
n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle
n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est
pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la
prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution.
Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l'amertume et la souffrance
de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en
voulait autant.
La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l'estime de soi et fit
naître dans son coeur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.
La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une
destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à coeur.
La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique
et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont
venus mourir dans les guerres européennes.
Et la France n'oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.
Nul ne peut faire comme si rien n'était arrivé.
Nul ne peut faire comme si cette faute n'avait pas été commise.
Nul ne peut faire comme si cette histoire n'avait pas eu lieu.
Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l'homme africain et
l'homme européen.
Jeunes d'Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous
êtes les héritiers de tout ce que l'Occident a déposé dans le coeur et dans l'âme de
l'Afrique.
Jeunes d'Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de
vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.
Jeunes d'Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu'elle est une maladie,
une maladie de l'intelligence, et qui est ce qu'il y a de plus dangereux au monde.
Jeunes d'Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas
d'une part de vousmême.
La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance.
La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.
Je veux vous dire, jeunes d'Afrique, que le drame de l'Afrique n'est pas dans une
prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l'art, de
la pensée et de la culture, c'est l'Occident qui s'est mis à l'école de l'Afrique.
L'art moderne doit presque tout à l'Afrique. L'influence de l'Afrique a contribué à
changer non seulement l'idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la
musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du
monde du XXème siècle.
Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce
que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme
africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen.
C'est en puisant dans l'imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c'est en
puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans
ces formes qui, depuis l'aube des temps, se transmettent et s'enrichissent de génération
en génération que vous trouverez l'imagination et la force de vous inventer un avenir
qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous
vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d'Afrique d'être vousmêmes,
libres de décider
par vousmêmes.
Je suis venu vous dire que vous n'avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation
africaine, qu'elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu'elles sont un
antidote au matérialisme et à l'individualisme qui asservissent l'homme moderne,
qu'elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à
l'aplatissement du monde.
Je suis venu vous dire que l'homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec
la nature a beaucoup à apprendre de l'homme africain qui vit en symbiose avec la
nature depuis des millénaires.
Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vousmêmes
est votre
plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non
d'en faire la synthèse.
Mais je suis aussi venu vous dire qu'il y a en vous, jeunes d'Afrique, deux héritages,
deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l'Afrique et
celle de l'Europe.
Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vousmêmes
forment votre identité déchirée.
Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, vous donner des leçons.
Je ne suis pas venu vous faire la morale.
Mais je suis venu vous dire que la part d'Europe qui est en vous est le fruit d'un grand
péché d'orgueil de l'Occident mais que cette part d'Europe en vous n'est pas indigne.
Car elle est l'appel de la liberté, de l'émancipation et de la justice et de l'égalité entre les
femmes et les hommes.
Car elle est l'appel à la raison et à la conscience universelles.
Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire.
Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie
est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du
temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure
humaine, ni pour l'idée de progrès.
Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de
l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un
ordre immuable où tout semble être écrit d'avance.
Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la
répétition pour s'inventer un destin.
Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là. Le défi
de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énergie, la
force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propre histoire.
Le problème de l'Afrique, c'est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se
libérer du mythe de l'éternel retour, c'est de prendre conscience que l'âge d'or qu'elle ne
cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé.
Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis
perdu de l'enfance.
Le problème de l'Afrique, c'est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une
pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.
Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de s'inventer un passé plus ou moins mythique
pour s'aider à supporter le présent mais de s'inventer un avenir avec des moyens qui lui
soient propres.
Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de se préparer au retour du malheur, comme si
celuici
devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer
le malheur, car l'Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du
monde.
Le problème de l'Afrique, c'est de rester fidèle à ellemême
sans rester immobile.
Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à regarder son accession à l'universel non comme
un reniement de ce qu'elle est mais comme un accomplissement.
Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à se sentir l'héritière de tout ce qu'il y a
d'universel dans toutes les civilisations humaines.
C'est de s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice
comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.
C'est de s'approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute
l'intelligence humaine.
Le défi de l'Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les
peuples qui veulent garder leur identité sans s'enfermer parce qu'ils savent que
l'enfermement est mortel.
Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de
l'esprit humain.
La faiblesse de l'Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut
longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l'Afrique,
ce désengagement du monde qui l'a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs,
l'Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que
fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie
chance de l'Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale.
La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, audelà
des crimes et des
fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les
coeurs et les mentalités africaines à l'universel et à l'histoire.
Ne vous laissez pas, jeunes d'Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer
à l'intolérance que l'intolérance, au racisme que le racisme.
Ne vous laissez pas, jeunes d'Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous
exproprier d'une histoire qui vous appartient aussi parce qu'elle fut l'histoire
douloureuse de vos parents, de vos grandsparents
et de vos aïeux.
N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent faire sortir l'Afrique de l'histoire au
nom de la tradition parce qu'une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau
condamnée à la servitude.
N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part
dans l'aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d'Afrique qui êtes la jeunesse du
monde, l'aventure humaine sera moins belle.
N'écoutez pas jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre
identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la
sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à
donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.
Ecoutez plutôt, jeunes d'Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute
sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les
tragédies de l'histoire avaient placé l'Afrique.
Il disait, lui l'enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait :
« nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons
en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre
message s'adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».
Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits si
rares dans nos
langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d'un halo de sève et
de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des
fusées qui éclairent notre nuit ».
Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l'humanité comprend
d'intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l'Afrique se mit à parler
à toute l'humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes.
Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d'êtres fabuleux qui
gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres.
Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres.
Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu'aux sources
de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme
l'adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l'enfance.
Car chaque peuple a connu ce temps de l'éternel présent, où il cherchait non à dominer
l'univers mais à vivre en harmonie avec l'univers. Temps de la sensation, de l'instinct,
de l'intuition. Temps du mystère et de l'initiation. Temps mystique où le sacré était
partout, où tout était signes et correspondances. C'est le temps des magiciens, des
sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu'elle se
respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des
légendes aussi anciennes que les dieux.
L'Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu'ils avaient partagé la
même enfance. L'Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce
besoin, ce besoin auquel je crois moimême
tant, ce besoin de croire plutôt que de
comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie
plutôt que d'être en conquête.
Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de
grands enfants, tous ceuxlà
ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur
l'usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés
secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle
nous puisons encore, aujourd'hui, un inestimable trésor de sagesse humaine.
L'Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en
écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu'elle ne l'aurait crû et
l'Occident a reconnu dans l'art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les
siennes et qu'il éprouvait le besoin de ressusciter.
Alors entendez, jeunes d'Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des
couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque
noir, masque rouge, masque blanc et noir .
Ouvrez les yeux, jeunes d'Afrique, et ne regardez plus, comme l'ont fait trop souvent vos
aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la
civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.
Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que
vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors
commencera ce que j'appelle de mes voeux, la Renaissance africaine.
Dès lors que vous proclamerez que l'homme africain n'est pas voué à un destin qui
serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d'autre but
que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.
Dès lors que vous, jeunes d'Afrique, vous déclarerez qu'il ne saurait y avoir d'autres
finalités pour une politique africaine que l'unité de l'Afrique et l'unité du genre
humain, alors commencera la Renaissance africaine.
Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l'Afrique et que vous la prendrez
à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de
l'Afrique, c'est qu'elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de
sa cause.
Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l'Afrique.
La réalité de l'Afrique, c'est une démographie trop forte pour une croissance
économique trop faible.
La réalité de l'Afrique, c'est encore trop de famine, trop de misère.
La réalité de l'Afrique, c'est la rareté qui suscite la violence.
La réalité de l'Afrique, c'est le développement qui ne va pas assez vite, c'est l'agriculture
qui ne produit pas assez, c'est le manque de routes, c'est le manque d'écoles, c'est le
manque d'hôpitaux.
La réalité de l'Afrique, c'est un grand gaspillage d'énergie, de courage, de talents,
d'intelligence.
La réalité de l'Afrique, c'est celle d'un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne
réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer de ses mythes.
La Renaissance dont l'Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d'Afrique, vous pouvez
l'accomplir parce que vous seuls en aurez la force.
Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que
nous l'accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l'Afrique dépend pour
une large part la Renaissance de l'Europe et la Renaissance du monde.
Je sais l'envie de partir qu'éprouvent un si grand nombre d'entre vous confrontés aux
difficultés de l'Afrique.
Je sais la tentation de l'exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs
ce qu'ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille.
Je sais ce qu'il faut de volonté, ce qu'il faut de courage pour tenter cette aventure, pour
quitter sa patrie, la terre où l'on est né, où l'on a grandi, pour laisser derrière soi les
lieux familiers où l'on a été heureux, l'amour d'une mère, d'un père ou d'un frère et
cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique.
Je sais ce qu'il faut de force d'âme pour affronter le dépaysement, l'éloignement, la
solitude.
Je sais ce que la plupart d'entre eux doivent affronter comme épreuves, comme
difficultés, comme risques.
Je sais qu'ils iront parfois jusqu'à risquer leur vie pour aller jusqu'au bout de ce qu'ils
croient être leur rêve.
Mais je sais que rien ne les retiendra.
Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves.
Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère.
Je crois que la jeunesse africaine s'en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut
conquérir le monde.
Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l'aventure et du grand large.
Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment
on étudie ailleurs.
L'Afrique n'accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais
l'Afrique a besoin de sa jeunesse.
La Renaissance de l'Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre
avec le monde, non à le refuser.
La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à
toutes les jeunesses de la terre.
La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout
semblait possible aux hommes de la Renaissance.
Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde
assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n'a le choix
qu'entre la clandestinité et le repliement sur soi.
Elle doit pouvoir acquérir, hors d'Afrique la compétence et le savoir qu'elle ne trouverait
pas chez elle.
Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu'elle aura
développés. Il faut revenir bâtir l'Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le
dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont
l'Afrique a besoin pour se développer.
Ce que veut la jeunesse africaine c'est de ne pas être à la merci des passeurs sans
scrupules qui jouent avec votre vie.
Ce que veut la jeunesse d'Afrique, c'est que sa dignité soit préservée.
C'est pouvoir faire des études, c'est pouvoir travailler, c'est pouvoir vivre décemment.
C'est au fond, ce que veut toute l'Afrique. L'Afrique ne veut pas de la charité. L'Afrique
ne veut pas d'aide. L'Afrique ne veut pas de passedroit.
Ce que veut l'Afrique et ce qu'il faut lui donner, c'est la solidarité, la compréhension et
le respect.
Ce que veut l'Afrique, ce n'est pas que l'on prenne son avenir en main, ce n'est pas que
l'on pense à sa place, ce n'est pas que l'on décide à sa place.
Ce que veut l'Afrique est ce que veut la France, c'est la coopération, c'est l'association,
c'est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.
Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la
justice, vous voulez le Droit ? C'est à vous d'en décider. La France ne décidera pas à
votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors
la France s'associera à vous pour les construire.
Jeunes d'Afrique, la mondialisation telle qu'elle se fait ne vous plaît pas. L'Afrique a
payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du
laisserfaire.
Jeunes d'Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n'est pas
une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n'est pas une fin
en soi. Vous ne croyez pas au laisserfaire.
Vous savez qu'à être trop naïve, l'Afrique
serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le
voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d'humanité, avec plus de
justice, avec plus de règles.
Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l'Europe, elle
veut se battre avec l'Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde,
veulent changer la mondialisation. Si l'Afrique, la France et l'Europe le veulent
ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté à
votre place.
Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez
la hausse du niveau de vie.
Mais le voulezvous
vraiment ? Voulezvous
que cessent l'arbitraire, la corruption, la
violence ? Voulezvous
que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu
d'être détourné ? Voulezvous
que l'État se remette à faire son métier, qu'il soit allégé
des bureaucraties qui l'étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que
son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ?
Voulezvous
que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir
raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ?
Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le
voudra à votre place.
Voulezvous
qu'il n'y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulezvous
que, sur la
terre africaine, il n'y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez
l'autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L'Afrique a
d'abord besoin de produire pour se nourrir. Si c'est ce que vous voulez, jeunes d'Afrique,
vous tenez entre vos mains l'avenir de l'Afrique, et la France travaillera avec vous pour
bâtir cet avenir.
Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ?
Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations
futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu'il consomme ? Vous
voulez développer les technologies propres ? C'est à vous de le décider. Mais si vous le
décidez, la France sera à vos côtés.
Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous
voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la
vengeance et de la haine ? C'est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le
décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne
peut pas vouloir à la place de la jeunesse d'Afrique.
Vous voulez l'unité africaine ? La France le souhaite aussi.
Parce que la France souhaite l'unité de l'Afrique, car l'unité de l'Afrique rendra
l'Afrique aux Africains.
Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est regarder en face les réalités. C'est faire
la politique des réalités et non plus la politique des mythes.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le codéveloppement,
c'estàdire
le
développement partagé.
La France veut avec l'Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité
communs, des universités communes, des laboratoires communs.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est élaborer une stratégie commune dans la
mondialisation.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une politique d'immigration négociée
ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en
France et dans toute l'Europe avec dignité et avec respect.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une alliance de la jeunesse française et
de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.
Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est préparer l'avènement de l'Eurafrique, ce
grand destin commun qui attend l'Europe et l'Afrique.
A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l'Union
Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée,
je veux dire que, dans l'esprit de la France, il ne s'agit nullement de mettre à l'écart
l'Afrique, qui s'étend au sud du Sahara mais, qu'au contraire, il s'agit de faire de cette
Union le pivot de l'Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de
prospérité qu'Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble.
Alors, mes chers Amis, alors seulement, l'enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le
silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu'il peut lever la tête et regarder avec
confiance l'avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les
deux parts de luimême.
Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes
de l'humanité.
Je vous remercie.
LES TROIS PORTES DE LA SAGESSE Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l'envoya auprès d'un Vieux Sage.
Eclairemoi sur le Sentier de la Vie, demanda le Prince. Mes paroles s'évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage.
Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d'entre elles. Un besoin irrésistible te
poussera à les suivre. Ne cherche pas à t'en détourner, car tu serais condamné à revivre
sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t'en dire plus. Tu dois éprouver tout cela
dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi. Le Vieux Sage disparut et le Prince s'engagea sur le Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :
"CHANGE LE MONDE" "C'était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans
ce monde, d'autres ne me conviennent pas." Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l'ivresse du
conquérant, mais pas l'apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses mais
beaucoup d'autres lui résistèrent. Bien des années passèrent.
Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : Qu'astu appris sur le chemin ? J'ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui
m'échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas.
C'est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise.
Et il disparut. Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire:
"CHANGE LES AUTRES" "C'était bien là mon intention, pensatil.
Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d'amertume et de frustration." Et il s'insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien
des années passèrent.
Un jour, alors qu'il méditait sur l'utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa
le Vieux Sage qui lui demanda : Qu'astu appris sur le chemin ? J'ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes
joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n'en sont que le révélateur ou l'occasion. C'est en moi que prennent racine toutes ces choses.
Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu'ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toimême.
Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais soisle aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la
Vie t'enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir.
Et le Vieil Homme disparut. Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient
ces mots : "CHANGETOI TOIMEME" "Si je suis moimême
la cause de mes problèmes, c'est bien ce qui me reste à faire," se
ditil. Et il entama son 3ème combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre
ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en
lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal. Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le
Sage qui lui demanda : Qu'astu appris sur le chemin ? J'ai appris, répondit le Prince, qu'il y a en nous des choses qu'on peut améliorer,
d'autres qui nous résistent et qu'on n'arrive pas à briser.
C'est bien, dit le Sage. Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre
tous, contre moimême.
Cela ne finiratil jamais ? Quand trouveraije le repos ? J'ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise.
C'est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d'aller plus loin, retournetoi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut. Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s'aperçut qu'elle
portait sur sa face arrière une inscription qui disait :
"ACCEPTETOI TOIMEME." Le Prince s'étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu'il avait franchi la porte
la première fois, dans l'autre sens. "Quand on combat on devient aveugle, se ditil."
Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu'il avait rejeté et combattu
en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit
alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s'aimer luimême
sans plus se comparer, se juger, se blâmer. Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
Qu'astu appris sur le chemin ? J'ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c'est me
condamner à ne jamais être en accord avec moimême.
J'ai appris à m'accepter moimême,
totalement, inconditionnellement. C'est bien, dit le Vieil Homme, c'est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème porte.
A peine arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde
porte et y lut: "ACCEPTE LES AUTRES" Tout autour de lui il reconnut les personnes qu'il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu'il
avait aimées comme celles qu'il avait détestées. Celles qu'il avait soutenues et celles
qu'il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir
leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l'avait tellement gêné et contre quoi il
s'était battu.
Il rencontra à nouveau le Vieux Sage :
" Qu'astu appris sur le chemin ? demanda ce dernier. J'ai appris, répondit le Prince, qu'en étant en accord avec moimême,
je n'avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d'eux. J'ai appris à accepter et à aimer
les autres totalement, inconditionnellement. C'est bien, dit le Vieux Sage. C'est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la
deuxième porte.
Arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut :
"ACCEPTE LE MONDE" "Curieux, se ditil, que je n'aie pas vu cette inscription la première fois." Il regarda
autour de lui et reconnut ce monde qu'il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l'éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C'était
pourtant le même monde qu'autrefois. Etaitce
le monde qui avait changé ou son regard
? Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'astu appris sur le chemin ? J'ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit
pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble
gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n'est ni triste ni
gai. Il est là ; il existe ; c'est tout. Ce n'était pas le monde qui me troublait, mais l'idée
que je m'en faisais. J'ai appris à accepter sans le juger, totalement,
inconditionnellement. C'est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toimême,
avec les autres et avec le Monde." Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence
l'habita. Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage
du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence.
Et le Vieil Homme disparut. Texte de Charles Brulhart